La Vierge à la bille
La Vierge à la bille
La matière reconstituée ou la Pierre naissante ?
Pour une seconde fois, après une interprétation de la fresque, et pour montrer au curieux le second sujet et l'homogénéité de la symbolique de l'église, voici une interprétation alchimique* de cette Vierge sublime.
C'est la beauté de cette statue, liée au qualificatif cité -sublime- qui donne la clef de l'opération représentée : la Sublimation.
Tout le monde sait que la sublimation représente une élévation de la matière (mater) en vapeur. Voilà pourquoi cette statue n'est pas posée sur un support mais est sustentée en l'air par un motif conique garni de feuilles de chêne. Le choix de ce motif végétal ne doit rien au hasard. Des sarments de vigne, de l'acacia ou de la fougère auraient eu le même rôle.
Ils représentent des sources possibles d'un des composants du feu secret.
Comme ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, la coiffe de la Vierge, en forme de coquille, montre l'origine de l'autre composant de cet adjuvant. A noter que la coquille du bénitier a exactement la même signification. C'est la réunion de ces deux constituants qui donne à l'agent caché toute sa puissance.
Le feu secret va permettre l'élévation en vapeur des composants de la matière représentée par la boule crucifère. Le lecteur pourra se reporter à quelqu'ancien traité de chimie pour essayer de découvrir ce que ce symbole peut représenter. Mais attention, certains symboles sont parfois là pour induire en erreur...
La conjonction par sublimation réunit les constituants de la "materia prima" volatilisés grâce au feu secret. Cet agent a permis aussi de séparer au préalable ces trois principes. En fait il dissocie et réunit.
C'est notamment cette conjonction en phase vapeur qui distinguerait l'alchimie de la chimie, puisqu'une opération de ce genre, sans apport calorique extérieur, est réputée impossible.
La ceinture de la Vierge, qui part du côté de la boule crucifère pour se séparer devant son abdomen en trois plis, qui se réunissent de nouveau sous le bras portant la petite bille, marque ces deux opérations successives sur la matière : la séparation en trois principes (appelés Soufre, Sel, Mercure) et la conjonction ou réunion de ces trois composants en "cinabre artificiel".
La bille représente la matière reconstituée ou Pierre naissante, par conjonction de ses trois principes séparés, sous sa forme visible d'apparition : au sein des vapeurs, de minuscules billes se forment et prennent consistance. Elles vont chuter sur leur terre d'origine qui deviendra leur nourrice (ou mère).
La main droite de l'enfant Jésus tient la pincée de sel nécessaire à l'opération pour une cuisson "à poing". Sa main gauche posée sur le ballon est en rapport avec ce que certains appellent cinquième feu ou tour de main. Sa qualité de tout-petit marque la simplicité et la pureté nécessaire à l'activation de ce feu. Le divin Enfant touche ici des doigts au "secret" qui fait de certains de véritables Souverains ou Rois du Monde (origine du prénom Raymond).
Cette conjonction s'appelle aussi mondification, ce qui se comprend aisément.

* Cette interprétation hermétique, comme la précédente, a pour but d'essayer de comprendre la symbolique représentée en mettant en valeur chacun des détails de l'objet. Les détails présents dans d'autres objets (la fresque, la pierre de mission, la cloche, les caissons du retable, ... liés au passé minier du village) peuvent corroborer cette manière d'appréhender la symbolique de l'église. Notons qu'une autre interprétation alchimique de la même statue pourrait être faite dans une voie totalement différente, prenant pour base un minéral qu'on trouve dans la région ...
Cela sans préjuger de la véracité des opérations représentées, niées bien sûr par les connaissances scientifiques que nous avons aujourd'hui.
Il se peut aussi que toute cette symbolique ne soit qu'un subtil effet du hasard ...