La fresque du Saint Calice
La fresque du Saint Calice
Le sommet de l'Oeuvre ?
Jusqu'à présent aucune autre interprétation que religieuse n'a été donnée dans ces pages concernant la symbolique de l'église Saint Saturnin de Palairac. Léon Gineste, par son livre paru en 2007 "Hermestine", s'est attaché à décrire quelques unes des pièces baroques (ou plus récentes, comme la cloche ou la table de Communion) selon son domaine de compétence. Il n'a toutefois pas tout traité dans le détail ou encore parlé de la fresque murale. Evidemment, cette fresque se prête bien à une interprétation en rapport avec les phases du Grand Oeuvre.
Exceptionnellement sera proposée ici une signification en rapport avec l'Alchimie des éléments représentés dans le temple.

Tout le monde a remarqué que les tables de la Loi ne sont numérotées qu'à droite. Les numéros VI, VII, VIII étant bien visibles, le IX s'estompe et le X est pratiquement invisible. L'interprétation purement religieuse ne donne pas de signification à la boule rouge semblant produire les "ombres rouges", ou plutôt projections, décalées à droite. Rappelons aussi que la croix et l'ancre se croisent en X derrière les tables et que le temple représenté se trouve tout en haut du retable de Saint Roch.
Tout en haut, c'est à dire à la fin de l'ouvrage, au faîte. La fin de l'Oeuvre est donc représentée. Des tables numérotées devant le symbole X ... marquent des tables de multiplication. Mais des multiplications spéciales en base 10 (toujours X). La dernière partie du Grand Oeuvre consiste à donner à la pierre rouge (boule rouge en haut à gauche), qui sans cela n'aurait pas, ou peu, de vertu, le pouvoir de projection (les ombres rouges). Cette opération connue sous le nom de multiplications permet de donner un pouvoir, potentiel et théorique, transmutatoire à la pierre suivant une progression géométrique (logarithmique) de base 10. La pierre initiale ne transmute pas (ou peu selon la voie), multipliée une fois, elle transmutera 10 fois son poids (de métal vil en or, pour rester dans le "physique"), multipliée deux fois, 100 fois son poids, multipliée 3 fois, 1000 fois son poids etc.
L'opération consiste à refaire l'ouvrage en considérant la pierre comme la matière première. Toutefois l'opération est à chaque fois beaucoup plus courte. En vue d'un rendement optimal théorique sont proposées ici 6 à 8 multiplications (trois suffiraient en pratique). Pour une poudre de projection, certains Adeptes disent qu'il ne faut pas dépasser la septième ou huitième multiplication (transmuterait 100.000.000 fois son poids!). D'où, probablement, le petit triangle de feu situé à côté du VIII. A la neuvième multiplication la pierre devient lumineuse, et perd son potentiel pouvoir de projection en devenant une "lampe perpétuelle", et à la dixième, très courte, la pierre, toujours lumineuse, disparaît dans un "autre monde". Voilà pourquoi le numéro X est quasiment invisible.
La croix, dans ce cas, représente les 4 éléments qui se succèdent pour faire l'ouvrage. L'ancre est une allusion à la voie humide et à la propriété qu'a l'ancre d'arrêter les navires. C'est-à-dire de les fixer. Les multiplications visent en effet aussi à fixer correctement la pierre de manière à ce qu'elle ne se volatilise pas lorsqu'on la place sur une lame de cuivre rougie au feu. Le vaisseau, le navire, qui contient la précieuse cargaison est le Saint Calice ou Saint Vaissel : vase, invisible et extraordinaire, du troisième oeuvre qui permet la 'finition' de la pierre. Quant au serpent il représente l'agent primordial indispensable, subissant les 4 éléments et permettant la cuisson de la matière. Bien sûr les tables de la Loi peuvent s'interpréter comme des règles de vie à suivre, mais aussi des lois à observer lors de manipulations...
Dans la symbolique purement religieuse, la croix est le symbole de la Foi, l'ancre celui de l'Espérance, le rouge et le sang du calice ceux de la Charité. Ce sont les trois vertus théologales qui permettent de vaincre avec l'aide des deux Alliances le serpent, symbole du mal ou du péché originel.
Certains pourraient s'étonner des interprétations alchimiques ou des références à l'Alchimie données dans ce site à propos du mobilier de l'église. Elles ont pour objectif de déterminer, dans le cas présent, l'origine et le message de la fresque, la raison de certains de ses détails et de tirer une signification globale de la symbolique de l'objet. Le contexte historique de l'époque où a été mise en place la décoration de l'église permet la prise en compte de cet aspect qui ne constitue qu'une piste de recherche.
Rappelons que Palairac a été le siège d'exploitations minières depuis l'Antiquité et qu'à partir du travail des métaux, nos anciens ont développé une théorie d'évolution de la matière et en ont tiré une philosophie liée au perfectionnement matériel et spirituel. Ignorer cet aspect du savoir de nos anciens, qu'il soit correct ou pas, parce que cela touche à un domaine que l'Histoire Officielle n'accepte que difficilement serait passer à côté de l'expression de cet aspect dans la décoration de l'église si telle a été l'intention de ses concepteurs. Apparemment ils n'ont pas craint de mélanger la religion avec la philosophie hermétique. Les religieux et les historiens, voire les scientifiques, sont invités à étudier le sujet en faisant preuve d'ouverture, puisque ce mélange, peut-être incongru pour certains, semble avoir été, encore une fois, le désir des concepteurs de la décoration. Rappelons aussi et insistons sur le fait que l'Alchimie n'est pas une recette pour fabriquer de l'or, ou encore le travail des métaux proprement dit, mais une philosophie expérimentale, fusionnant la matière et l'esprit, tirée des connaissances de la Nature que l'Homme a élaboré depuis des millénaires. Certes certaines conceptions comme la lente maturation naturelle des métaux vers la perfection de l'or ne sont plus valables aujourd'hui*. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas en tenir compte. Son étude permet de comprendre les actes de certaines personnes dans un contexte historique.
Parmi les travailleurs aux mines, non pas généralement le mineur de fond, mais les "conducteurs de travaux", chargés du traitement des métaux, on dirait aujourd'hui les ingénieurs, se sont trouvés des hommes qui cherchaient à comprendre la Nature, à l'imiter, à percer le mystère de la Vie et à y trouver un sens et un but dans une théorie "unificatrice". La religion, qu'on le veuille ou non, était au coeur de leur préoccupation. Ils ont cherché à marier leur Foi avec la connaissance de la Nature qu'ils avaient.
La légende villageoise, qui veut que louis XIV ait visité la mine d'argent de Lacanal (dont une grande partie de l'argent aurait servi à sa fameuse vaisselle) et offert le mobilier de l'église, lie la décoration de l'église au travail des métaux. C'était la manière "populaire" d'exprimer cette caractéristique, sans savoir exactement sur quoi elle repose en réalité. Ne dit-on pas "Vox populi, vox Dei" ?
* On peut remarquer que la loi de décroissance radio-active est très proche de leur conception.
Par ailleurs, les travaux scientifiques actuels sur la "fusion froide" pourraient donner quelque validité aux transmutations à faible énergie que revendiquaient les alchimistes. Ces travaux sont souvent très controversés par les défenseurs du dogmatisme scientifique. Sans parfois nier le résultat de l'expérience, c'est le protocole expérimental qui est pointé du doigt, taxant l'expérience de "non conforme" et la rejetant dans le domaine des pseudo-sciences. Il en va en Sciences comme en Droit où tel coupable est libéré par vice de procédure dans son interpellation ...
L'Inquisition a quitté le domaine religieux et de véritables lynchages médiatiques sanctionnent les coupables. Où est l'esprit scientifique dans tout cela ?
La véritable nature des intéractions matérielles (gravitation, électromagnétisme, interactions faible et forte) ne nous est pas encore connue. Comment peut-on affirmer de manière absolue que la barrière de répulsion entre particules de même signe exige exclusivement des énergies (même par effet tunnel) incompatibles avec les tests de fusion froide ou encore les énergies développées au sein des corps vivants ? Le monde vivant où le second principe de la thermodynamique est, pour un temps (phase de croissance), mis en défaut, n'a pas encore livré tous ses secrets.
Enfin, il est inenvisageable, du point de vue scientifique, d'introduire la qualité (physique, morale et philosophique) de l'opérateur dans le processus d'une expérience, comme semble le revendiquer les alchimistes.
Interprétation alchimique