La fresque du Saint Calice
La fresque du Saint Calice
De l'origine maçonnique éventuelle 2ème partie
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Une création des Philadelphes ?
Véritable entrepreneur s'entourant des compétences nécessaires, Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel, seigneur de Cascastel, s'est allié à partir de 1782 avec Jean Antoine Chaptal, le célèbre chimiste, pour l'exploitation des mines dans divers villages allant de Cascastel à Padern, dont Palairac.
Le seigneur de Cascastel aurait appartenu à la loge des Philadelphes de Narbonne
*, fondée par le Vicomte François-Anne de Chefdebien d'Armissan et créateur du "Rite Primitif de Narbonne" en 1779 avec son fils François-Marie. Joseph-Gaspard de Cascastel maria sa fille Jacquette en 1780 avec Luc-Siméon Dagobert de Fontenille, alors capitaine, qui devint ensuite le célèbre Général Dagobert.
Chaptal fut quant à lui initié dans la loge Montpellieraine "La Parfaite Union" en 1782 et eu une longue vie dédiée à la science, l'industrie et la politique.
Dagobert de Fontenille semble avoir aussi été affilié à des loges militaires et avoir fondé, avec ses frères, la loge "les trois Frères Unis", dépendante du Grand Orient.
Les années 1779-1780 avaient vu la création et la présence de plusieurs loges à Narbonne : les Philadelphes, l'Amitié à l'Epreuve, la Parfaite Union, ...

En mai 1781, Pailhoux obtient une concession trentenaire dans différents territoires dont Palairac, Maisons, Quintillan, etc pour l'exploitation du cuivre, plomb, fer et autres métaux. C'est Duhamel qui lui aurait fait découvrir, entre autres, les mines d'antimoine de Maisons, Palairac et Quintillan.
Duhamel s'étant dirigé en 1781 vers d'autres horizons, en 1782, Joseph-Gaspard rencontre Jean Antoine Chaptal à Montpellier. Chaptal lui parle certainement des vertus de l'antimoine, spécialement en matière médicale. Ils s'associent et commencent l'exploitation des mines de ce "métal" à Quintillan (Feugerolles) et Maisons (Las Corbas et Sainte Marie). Ils font aussi quelques extractions à la Bousole (Palairac), située à 300 m de la mine de Sainte Marie, mais Joseph-Gaspard reste discret sur son intervention dans cette mine. Rappelons que le village de Palairac se trouve exactement entre Maisons et Quintillan. Il traite l'antimoine à la Bousole et au château de Cascastel. Chaptal se charge de vendre le minerai. Simultanément le seigneur de Cascastel abandonne la forge de Padern et ses concessions de fer qu'il vend à Dagobert. Dagobert ne pouvant s'en occuper loue la forge au fils ainé de Joseph-Gaspard, Joseph-Melchior. Dagobert essaye de la vendre en 1787, mais sans succès. Il meurt après sa brillante carrière militaire en avril 1794. Jacquette et son fils Henry héritent de la forge mais ne peuvent non plus correctement s'en occuper et la mettent en fermage. La forge finit par être vendue en 1813.
Après la mort de Joseph-Gaspard en 1800, son fils Martial exploite les mines de Maisons et surtout Quintillan (plus facile à travailler et proche de Cascastel) jusqu'au terme de la concession avec pas mal de périodes d'inactivité et des rivalités pour la possession de Las Corbas avec d'autres entrepreneurs.

Le Rite (ou Rit) Primitif des Philadelphes comportait un nombre incalculable de "grades" répartis en plusieurs classes, chapitres et degrés. Le dernier chapitre concernait les grades de "Fraternité Rose+Croix de Grand Rosaire".
Certains Franc-maçons conventionnels contestent la validité de tous ces grades et considèrent leur fondateur, le Marquis de Chefdebien, comme un charlatan et un illuminé. D'autres considèrent au contraire les Philadelphes comme des mystiques.
Le Marquis d'Armissan François-Marie de Chefdebien, chevalier de Malte, participa au Convent de Lyon, en 1778, en tant que représentant de la Septimanie pour le RER et au Convent de Wilhelmsbad en 1782 comme représentant de la 3ème province de la Stricte Observance... Il collabora activement avec Savalette de Langes au sein des Philalèthes (12ème et dernière classe du rite de la loge des Amis Réunis) à l'observation et l'archivage d'un grand nombre de sociétés maçonniques ou autres, et à la constitution d'une vaste bibliothèque, instrument de leur recherche de la "Vérité Unique" et de l'origine réelle du monde maçonnique. Cela mena les Philalèthes à deux convents inachevés. En quête d'une sagesse immémoriale, le Marquis de Chefdebien fut donc un touche-à-tout du monde maçonnique de son temps.
Le rite de Memphis-Misraïm se réclame pour partie des Philadelphes de Narbonne par la présence parmi eux de Gabriel-Mathieu Marconis de Nègre, père de Jean-Etienne le fondateur du rite de Memphis en 1838. Le Rite Primitif de Narbonne ne vécut que par la volonté de François-Marie de Chefdebien. En 1806, le Rite fut agrégé au Grand Orient et disparut peu de temps après. Toutefois, en 1815, à Montauban, il y eut une tentative de restauration du Rite par Samuel Honis, initié à celui-ci en Egypte dans une loge créée en 1798 par des officiers de l'armée de Napoléon. Le Grand-Maître de cette loge de Montauban "Les Disciples de Memphis" fut Gabriel Mathieu Marconis de Negre.

Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel semble avoir été un étrange personnage. Dans son rapport de l'an VIII pour la commission d'économie du district de Lagrasse, il ne cite pas les travaux miniers qu'il a fait sur Palairac. On sait pourtant par d'autres, notamment le sieur Couret dans sa demande de concession en 1810, qu'il a essayé d'exploiter la Bousole mais sans trop de "professionnalisme".
Il se pourrait que cette mine ait cependant revêtu quelqu'importance pour Joseph-Gaspard puisque la colline, située sur Maisons, aujourd'hui appelée La Saquette, qui aboutit sur Palairac à la mine de la Bousole, dans la description de la concession en 1859, s'appellait La Jacquette. Joseph-Gaspard s'est-il arrangé pour que le nom de ce tènement soit celui de sa chère fille ?
Il semble avoir voulu posséder, sans y travailler, la mine de Lacanal (sur Palairac, à 300 m de la Bousole, que Pailhoux décrit dans son mémoire mais sans dire qu'elle se trouve sur Palairac) : le sieur Dubosc, exploitant plusieurs mines des Corbières et du Razès pour alimenter sa forge de Salvezines, s'est plaint de la perte de Lacanal dans laquelle il avait entrepris de sérieux travaux, au profit du "
citoyen Cascastel qui réclamait alors cette mine (et) ne s'en est jamais occupé que pour en empêcher le travail dans cette circonstance"...
Plus tard, certains accusèrent le fils de Joseph-Gaspard de ne pas s'occuper correctement de l'exploitation minière, souvent il est vrai pour s'approprier certaines de ses concessions.

La vie de Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel est marquée par des initiatives et des échecs en matières de mines. Après une quinzaine d'années d'exploitant d'une mine de fer proche de chez lui, il entreprend, en 1779, avec accord et paiement annuel à l'abbaye de Lagrasse, la création d'une forge au Grau de Padern (gorges du Verdouble) pour traiter le fer et d'autres métaux. Il s'allie avec Louis Pelletier, négociant, et Jean Pierre François Duhamel, commissaire du Roi pour les Mines. Il a même prévu un an plus tôt l'extraction de la houille des mines de Ségure (Tuchan-Quintillan) pour alimenter sa forge en combustible. Duhamel se charge de faire connaître à Joseph-Gaspard, et sa fille, son cousin Luc-Siméon Dagobert, commandant d'un régiment. Le mariage de Dagobert avec Jacquette Pailhoux se fait en 1780 et, dans la foulée, le seigneur de Cascastel associe à son entreprise son beau-fils qui rachète les parts de Duhamel fin 1780. Louis Pelletier avait quant à lui déjà cédé ses parts, fin 1779, à ses deux associés.
Le General Dagobert, effigie visible à Mont-Louis, Pyrénées Orientales
Cette page constituait avant novembre 2009 une note de bas de page rédigée en janvier 2009 et placée au bas de ce qui représente aujourd'hui la première des deux pages sur l'origine maçonnique. Elle met en évidence une origine possible de la fresque du Saint Calice de l'église Saint Saturnin de Palairac et fait appel à une maçonnerie un peu différente de la maçonnerie traditionnelle.
Cliquer sur ce lien pour en savoir plus sur les mines de Palairac.
Toutefois, certaines constatations réalisées lors de l'enlèvement pour restauration du Retable de Saint Roch pourraient laisser penser que la fresque du Saint Calice aurait pu être réalisée, ou complétée, à la fin du XVIIIème siècle, mais sans aucune certitude...
Depuis la diffusion des écrits de Basile Valentin, au début du XVIIème siècle, des écrits d'Eyrenée Philalèthe ou d'autres, beaucoup d'alchimistes ont pris comme matière sujet "l'antimoine", nom usuel de la stibine ou sulfure d'antimoine, ou encore le Kermès minéral ou oxysulfure d'antimoine.
Sous l'impulsion de Chaptal, certes maître de la nouvelle chimie, mais qui marqua aussi dans sa vie un respect pour l'ancienne chimie, notamment sa nomenclature, il est étonnant que Joseph-Gaspard Pailhoux de Cascastel se soit lancé dans l'exploitation quasiment exclusive de ce demi-métal.
C'était surtout l'antimoine cru (stibine débarrassée de sa gangue) qui était commercialisé. Mais les mines fournissaient, outre de la stibine, du fer et l'environnement local les fondants necessaires pour l'opération d'extraction du régule d'antimoine martial.

Pailhoux dans les mines d'antimoine avec son four de fusion à la Bousole ? Tout cela a-t-il servi de "couverture" ?
Alors est-il possible que ... Palairac, les mines, la décoration, la fresque, les Philadelphes
** ?

Pas sûr. Outre cette fin du XVIIIème (rappelons que la fresque date probablement du XVIIème, tout au moins l'enduit qui lui sert de support selon un avis de spécialiste), la voie du loup gris qui mange tout ce qui n'est pas pur (la stibine était un moyen de purification de l'or autrefois) est une voie sèche, ou plutôt au creuset, bien éloignée, en apparence, de celle qui est représentée dans la décoration de l'église...

Les derniers grades du Rite Primitif s'occupaient en finalité de disciplines dites ésotériques. On peut considérer l'Alchimie dans cette catégorie, ce qui n'est pas tout-à-fait vrai. Bref, les membres du Rite Primitif de Narbonne, in fine, devaient très certainement y toucher (comme les Philalèthes ou les "Philosophes Inconnus"). On serait dès lors tenté de faire quelques rapprochements, très hypothétiques, entre l'église de Palairac, sa fresque, son mobilier et l'exploitation des mines par un éventuel Philadelphe...
Différents personnages de la seconde moitié du XVIIIème subirent des influences mutuelles qui se retrouvent dans leur système purement philosophique et spéculatif : Martinez de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin, Jean-Baptiste Villermoz. Martinez de Pasqually fut le créateur des Elus Coëns de l'Univers dont les deux autres furent détenteurs du grade le plus élevé de Réau-Croix. Villermoz établit le rituel du Rite Ecossais Rectifié et Saint-Martin fut à l'origine de ce qui allait devenir le Martinisme. Jacob Böhme influenca fortement Saint-Martin et il est normal que certaines de ses idées se retouvent chez ces trois fondateurs. S'inspirant peut-être directement de la philosophie de Jacob Böhme pour une réalisation au XVIIème, la fresque de Palairac aurait-elle eu aussi comme vecteur, outre les Philadelphes, eux-mêmes influencés, un de ces trois courants ou un mélange de ceux-ci, si sa date de réalisation se situait plutôt fin XVIIIème ?
Louis-Claude de Saint-Martin
** En complément d'une partie d'archives de la famille Pailhoux disponible aux Archives Départementales de l'Aude et du fonds de Chefdebien aux Archives Municipales de Narbonne, il existerait d'autres archives de cette dernière famille, considérées comme perdues. Selon Roger-René Dagobert, celles-ci ont malheureusement été volées au domicile du Docteur Paul Courrent, à Embres et Castelmaure, juste après sa mort le 18 février 1952 ( extraits d'un courrier adressé à Alain ...) :

"En effet dans un procès-verbal du bulletin de la Commission Archéologique de Narbonne, tome XVI, année 1943, on peut lire : Séance du lundi 16 décembre 1940, le Secrétaire donne lecture d'une note relative aux archives de Chefdebien, données à la commission par les héritiers de Marie-Louise de Chefdebien, décédée à Narbonne en Mai 1939. Notre éminent correspondant a pu examiner une partie de ces archives seigneuriales (dont celles des Pailhoux et des Dagobert). En signale l'extrême richesse et attire l'attention sur l'importance à confier à un archiviste spécialisé l'étude et le classement complet de ce fonds renfermant des manuscrits particulièrement rares et précieux.
Dans un autre n° de ce même bulletin, on peut lire : Séance du 3 février 1954, le Secrétaire signale que la famille de Chefdebien a fait réclamer les archives familiales de la succession de Marie-Louise décédée à Narbonne en Mai 1939. Embarras de la commission, puisque les précieux documents ont disparus peu après le décès du docteur Courrent auquel ils avaient été confiés..."


Après avoir déjà constaté la retouche de la première citation, une vérification de la seconde citation s'est faite en mai 2010.
Il semblerait que ce vol soit un mythe et une pure invention de Roger-René Dagobert : cliquer ici pour voir la page spécifique qui lui est consacrée.
Toutes les archives de Chefdebien sont donc disponibles aux Archives municipales de Narbonne.

Détail d'une salle du château de Cascastel :
la salle des gypseries

* Source : Roger-René Dagobert, Histoire d'une famille et d'une chanson. D'où la tiennait-il ? Le tableau de la première loge du Rite Primitif, établi en 1790, ne contient pas le nom de Pailhoux.