Couize et Couiza
Couize et Couiza
De la confusion entre les deux noms
En 1880 Louis Fédié, érudit audois, sort son livre "Le Comté de Razès et le diocèse d'Alet". Le chapitre sur Couiza porte en sous-titre différents noms ancestraux de ce village : Cuvicianus -Cousanum - Couisan. L'auteur commence son texte par l'histoire du prieuré de Couiza, indiquant que l'abbaye de Lagrasse créa dès son origine des prieurés ou "cellae". Au deuxième paragraphe il précise :
"Une charte de Charles-le-Chauve, datée du 25 octobre 876, confirme, en faveur de l'abbaye de Lagrasse, trois prieurés qu'elle vient de fonder dans le comté de Razès, savoir :
à Covicianus. - COUIZA
à Buziniacus. - BOUISSE
à Palairacus. - PALAYRAC"
Pourquoi trouve-t-on déjà en titre Cuvicianus et dans le passage cité Covicianus ?
Mais surtout le texte cité, faisant référence à cette charte de Charles-le-Chauve, datée effectivement du 25 octobre 876, ne concerne nullement Couiza près d'Espéraza, mais Couize près de Palairac.
Voici le texte de cette charte, en latin, d'après GeorgesTESSIER - Recueil des actes de Charles II le Chauve (840-877), Paris 1943-1955.
"In nomine sancte et individue Trinitatis. Karolus ejusdem Dei omnipotentis misericordia imperator augustus. Si servorum Dei petitionibus aurem nostre serenitatis accommodamus et antecessorum nostrorum morem sequimur, et ob id presentem vitam facilius transigere et futuram adipisci nullo modo dubitamus. Nouerit itaque omnium fidelium sancte Dei Ecclesie nostrorumque, tam presentium quam et futurorum, industria quoniam Songfredus abbas monasterii sancte Marie de loco qui dicitur Urbionis, sito in confinio Narbonensi et Carcassensi, ad nostram accessit clementiam, deprecans ut super donationes, emptiones vel alias adcquisitiones rerum ad jam dictum locum pertinentium nostrum pro firmitatis gratia superaddidissemus praeceptum. Precipientes igitur jubemus ut omnes ville, id est Buciniacus et Palairacus Cuvicianus et Mansiones et Villare Singulana cum omnibus possessionibus ad prefatum locum, in quibulisbet comitatibus sint, in eodem loco juste et rationabiliter per hoc nostrum preceptum permaneant, et ecclesie que in villas eorum sunt in eadem potestate similiter permaneant, et immunitatem etiam nostram similiter habeant sicut in nostro veteri precepto continetur. Et ut hoc ita juste conservetur, manu nostra subter firmavimus et anulo nostro insigniri jussimus.
Signum Karoli (Monogramma) gloriosissimi imperatoris Augusti.
Audacher notarius ad vicem Gaudini recognovit.
Data VIII kl. novembr., indictione decima, anno XXXVII regni domini Karoli imperatoris in Francia et imperii ejus primo. Actum Elidione villa. In Dei nomine feliciter. Amen."
Les villages, et non prieurés ou cellae, cités sont Bouisse (Businiacus), Palairac (Palairacus), Couize (Cuvicianus), Maisons (Mansiones) et un village non indentifié "Villare Singulana".
Ces villages avaient la particularité de posséder des ressources minières. Proche l'un de l'autre (sauf Bouisse, un peu plus éloigné), ils firent partie d'un même lot, minier, donné par Charles-le-Chauve à l'Abbaye Sainte Marie de Lagrasse.
Certains historiens (A.-M. Magnou et E. Magnou-Nortier) considèrent cet acte comme un faux : il daterait du début du XIIème siècle.
En effet les moines de l'Abbaye de Lagrasse n'ont pas hésité à faire des faux, ou plutôt des faux "vrais", pour faire valoir leur droit notamment par rapport aux seigneurs de Termes, qui revendiquaient la possession des mines du Termenès. Le traité est donc probablement faux (réalisé au XIIème), mais pour faire valoir des droits réels (datant du IXème).
A vrai dire, si l'on n'y fait pas attention, il est facile de confondre dans les textes les deux villages de Couize et Couiza, partageant tous deux la même origine toponymique et s'écrivant à certaines époques, en latin ou en français, de la même manière ou quasiment (les u, v, s ou z prêtant à confusion).
Ci-dessous les entrées correspondantes du Dictionnaire Toponymique de l'Aude de l'Abbé Sabarthès :
Cela expliquerait la confusion de certains entre Couize et Couiza, les mines de cuivre et d'argent de la première n'existant pas dans la seconde.
Est-ce la cause de l'erreur de Gérard de Sède, dans son "Rennes-le-Château, le dossier, les impostures, les phantasmes, les hypothèses", au sujet de la mine de La Canal dite de Couvise ou Peyrecouverte qu'il situe près de Couiza à Blanchefort ? ...
Louis Fédié a aussi lancé l'idée que l'antique Rhedae était Rennes-le-Château. Plusieurs historiens pensent aujourd'hui que l'ancienne cité pourrait être plutôt Limoux. Plus exactement au nord ouest de Limoux se situerait le lieu appelé Redda, accessible par Les Pontils et sis sur la colline de La Canal (cf. excellent site sur Limoux de Gérard Jean : chemin des Pontils) ...
Ne pas faire de déduction erronée concernant Palairac : tout cela n'est dû qu'au hasard des noms ...
Palairac et son église Saint Saturnin
Palairac et son église Saint Saturnin