Eglise Saint Saturnin de Palairac
Eglise Saint Saturnin de Palairac
Conservation des fresques murales et Restauration du retable de Saint Roch, indices sur sa provenance
En 2009 la Municipalité a décidé, avec l'accord des Monuments Historiques, de procéder à des travaux de conservation et de restauration :
- en mars 2009, les peintures murales représentant des tentures avec voilage du choeur et la fresque du Saint Calice de la chapelle Saint Roch ont reçu des travaux de conservation par la restauratrice Anne Rigaud,
- en septembre, le retable de Saint Roch est parti pour restauration dans l'atelier Acro d'Art.
Les travaux de conservation ont été financés par les fonds propres de la Commune.
Le coût de la restauration du retable de Saint Roch se répartit entre la DRAC (40%), la Municipalité (20%) et en principe le Conseil Général (pour 40%).
La Municipalité remercie vivement Madame Rigaud pour la qualité de son travail et les financeurs pour leur aide à la Commune.
La conservation des peintures ("fresques") murales
Il était absolument nécessaire de réaliser ces travaux afin d'arrêter la déterioration de ces peintures : décollement d'enduits, soulèvement, perte de matières picturales, etc. suite à l'humidité et la présence de sels en surface.
On a profité de la présence d'échaffaudages pour faire des recherches de couches picturales plus anciennes au niveau du choeur. Madame Rigaud, la restauratrice, a pu donné aussi quelques renseignements sur la datation des peintures.
Il ressort de cette étude que l'église a reçu très peu de couches picturales depuis sa création. Actuellement trois couches de décor, décelées principalement au choeur, se superposent :
-le décor le plus ancien avec un ton uni de terre d'ombre sur badigeon de chaux,
-un fond uni rose sur la voûte au-dessus du maître autel. Le cul de four de l'abside avait un fond blanc. L'arc de séparation du cul de four avec l'autre voûte, comme certainement les autres arcs de l'église, possédait un fond ocre jaune flanqué d'un faux apparaillage ocre rouge et terre d'ombre. On retrouve des traces de décor de ce type sur l'extérieur de la porte d'entrée de l'église.
-le décor actuel du cul de four, sur un enduit de facture grossière du XIXème, composé d'un badigeon bleu outremer et de trois cercles concentriques à badigeon blanc sur lesquels sont peints les angelots, les nuées et le motif central au cercle avec la croix. Des repeints du XXème ont rendu cette peinture du cul de four dans des tons plus pastels.

Le chantier de conservation, en mars 2009
Le faux appareillage de la voûte de l'abside, peut-être du XIVème, ocre rouge et terre d'ombre sur fond jaune.
Le repeint du XXème qui masque le pélican (?) par un voile
blanchâtre et le cercle avec la croix.
Les fausses fenêtres de l'abside avec voilage et tenture.
La seule inscription de l'église "PAVETE AD SANCTUARIUM DOMINI", du XIXème, a été réalisée de la façon suivante : les lettres ont été tracées sur un badigeon blanc et détourées avec le badigeon bleu outremer.
Le décollement d'enduit était particulièrement visible sur la fenêtre de gauche. C'est un exploit d'avoir pu le recoller !
La présence de sels rendait les support friables et le badigeon bleu et noir, en épaisseur importante, était spécialement sensibles à l'humidité, les rendant pulvérulents.
Après un dépoussiérage à la brosse douce, le fixage des pigments s'est effectué à l'aide d'un mélange approprié. La consolidation des enduits, notamment dans le bas de la peinture, repose sur l'injection de consolidant spécifique après préparation du support. Les fissures, lacunes d'enduits et trous d'injection ont été rebouchés avec un enduit de chaux aérienne. Des retouches picturales légères assurent la transition avec la partie peinte.
La remise en état de l'enduit décollé de la fenêtre gauche
La peinture après conservation
La palette est composée de couleurs vives, tranchées et saturées : rideaux outremer, cordons et pompoms rouge cadmium.
A noter les branches d'acacia réalisées en noir, blanc, rouge ...
La tige rouge ondulée ne suit pas la forme des plis, on dirait que la branche est extérieure à la toile ...
La fresque du Saint Calice
L'objectif n'était pas la restauration de la peinture mais sa conservation : faire que, dans les décennies ou siècles qui viennent, son état ne se dégrade plus. L'entreprise n'était vraiment pas facile. La peinture a malheureusement perdu un peu de sa finesse : les sombres sont moins sombres (les ombres naturelles par ex.), les clairs moins clairs (ancre par ex.), et les chiffres romains VI, VII, VIII sont un peu moins visibles, ...
Mais les pigments sont refixés, comme les enduits, les lacunes bouchées. On a même regagné en lisibilité et détail sur la partie gauche !
La grande difficulté venait qu'il était pratiquement impossible de nettoyer la peinture des projections de badigeon bleu tombé quand la voûte a été repeinte au XIXème : ce travail de ravallement peu soigneux s'est doublé d'un ajout de ciment au badigeon qui l'a rendu très dur et impossible à décoller sans enlever la peinture qu'il recouvre.
Il a été constaté que la numérotation à gauche existait, que les chiffres VI, VII, VIII étaient en relief pour les démarquer. La peinture de la numérotation est d'un vert un peu semblable à celui des rideaux des fausses fenêtres. L'enduit sur lequel la peinture est placée est lisse et très probablement du XVIIème. Quand on a repeint autour du temple il se peut qu'on l'ait légèrement amputé, notamment au niveau de la toiture triangulaire : on voit les traces d'une nervure supplémentaire extérieure maintenant recouverte par l'ocre du mur.
La partie laiteuse éliminée sur la gauche de la composition fait clairement apparaître qu'une sorte de grosse boule est effectivement suspendue au "crochet" formant la branche gauche de la croix ... Pas de boite représentée mais une grosse boule peut-être très pesante ...
Le seul ajout placé dans la peinture est une esquisse d'ombre rouge correspondant à l'anneau de l'ancre.

La "fresque" (c'est bien une peinture) avant conservation
Et après ...
Le retable de Saint Roch
(image ancienne)
Le démontage du retable baroque a peut-être permis de confirmer certaines données quant à son origine.
Ce retable, contrairement à l'autre, n'a probablement pas été créé pour Palairac. Il devrait s'agir d'une pièce qui vient d'ailleurs. Remarquez la disposition générale penchée vers la gauche, comme si on l'avait forcé. En A, la moulure a même été légèrement découpée pour permettre le passage.
Les caissons parallèlipipédiques ont été découpés pour s'ajuster au haut de l'autel, qui, d'ailleurs, devrait être aussi une pièce rapportée : marbre découpé à angle droit, de couleur différente de l'autel du XVIIème qui le supporte, marquant plutôt un style XVIIIème. Le retable et cette pièce de marbre n'ont pas dû être placé en même temps : d'abord le marbre, puis plus tard, le retable. La découpe des caissons les a fragilisé, de sorte qu'on les a scellé en les remplissant de pierres et de mortier. Les panneaux des caissons ne sont plus que des façades.
La fixation elle-même du retable n'a pas été conçue pour le démontage par l'utilisation de pointes fixant celui-ci aux poutres murales.
Il existe des pièces, colonnettes, angelots, fonds, ... conservées dans la sacristie qui doivent provenir de ce retable, mais qui, faute de place, n'ont pas été réutilisées.
A
Il est possible que ce retable devait constituer au départ un retable de Vierge du Rosaire : les roses sur les colonnes corinthiennes sont courantes dans ce type de retable. La belle Vierge n'était peut-être pas cependant la Vierge de ce retable : sa coiffe qui n'a rien d'une couronne de rose, le support conique qui la soutient et son style plutôt classique ne vont pas dans ce sens.
Quelqu'un a donc fait dans la chapelle Nord, une composition -symbolique- à partir d'éléments de provenances diverses.
A quelle époque ?
La révolution a vu la confiscation de beaucoup de mobilier religieux, notamment dans les abbayes, qui fut suivie quelques années plus tard d'une redistribution. Le retable aurait pu être récupéré lors de cette distribution. Cela fixerait son arrivée à Palairac à la toute fin du XVIIIème ou début XIXème.
Mais d'autres pistes seraient possibles.
Il existe une église de la région, peut-être parmi d'autres non visitées pour l'instant, qui a exactement la même disposition qu'à Palairac : une seule chapelle au Nord, dédiée à Saint Roch, avec du mobilier du début XIXème en marbre blanc et une seule chapelle au Sud dédiée à la Vierge, avec également du mobilier XIXème. Elle se trouve à Armissan ...
Pourrait-on envisager un transfert du mobilier ancien d'Armissan à Palairac ? Cela permettrait de donner crédit à une origine éventuelle de la fresque ... Mais, bien sûr, ceci n'est qu'une pure hypothèse qui ne repose sur aucune preuve ... et en réalité peu probable.
L'enlèvement du retable a permis de mettre à jour deux spirales peintes sur un enduit de couleur jaune : une blanche à droite et une noire, semble-il, à gauche. Au milieu un espace uniforme de couleur rose devait peut-être recevoir un tableau...